Depuis le lundi 10 avril 2017, Abidjan abrite des travaux relatifs à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette union regroupe les huit pays ouest-africains ayant en commun le franc CFA. Il s’agit de la Côte d’Ivoire, du Burkina-Faso, du Togo, du Bénin, du Mali, du Sénégal, le Niger, la Guinée-Bissau. Après le sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la dite zone monétaire, c’est autour des ministres des finances de ses Etats membres de se retrouver ce vendredi 14 février, toujours à Abidjan, pour, dit-on, en examiner la situation économique.

Photo d’illustration

Ce qui nous importe ici, ce n’est pas de polémiquer sur la situation économique de cette zone monétaire, que nous savons déjà très calamiteuses, tant d’Abidjan à Nyamey, de Dakar à Cotonou, le désespoir, la maladie, la faim, le chômage, gangrène le quotidien des braves populations. Bien évidemment seuls les dirigeants de ces pays n’en ont pas conscience. Sinon comment comprendre cette sortie du président en exercice de cette zone franc, Alassane Ouattara: »« La zone franc est bien gérée avec des réserves en devises très importantes, une croissance forte, une maîtrise de l’inflation et du déficit budgétaire »

Notre intérêt ici, est plutôt porté sur la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Elle qui a la charge de l’organisation et de la gestion du système monétaire, bancaire et financier de l’espace communautaire de la zone UEMOA. En effet, la zone monétaire étant sous les feux de l’actualité, notre esprit curieux, nous a amené, à nous interroger sur l’apport de la BCEAO, dans le processus de développement des Etats dont elle gère la monnaie. Et là surprise, cette banque centrale a un fonctionnement à tout point de vue extraordinaire, et même plus extraordinaire que  le sommet de ces chefs d’Etats qui a eu lieu à Abidjan, le lundi dernier. Jugez-en vous-mêmes:

De la constitution de son capital

Selon ses états financiers de 2015, que vous pouvez consultez icila BCEAO déclare un capital de 1797,3 milliards de Fcfa. Curieusement ce capital n’est pas divisé par actions entre les Etats membres de la Banque centrale (BCE), mais est détenu en parts égales par les Etats concernés contrairement au cas de la Banque Centrale Européenne prise très souvent comme modèle et qui est aussi un établissement public international dont le capital qui provient explicitement des banques centrales nationales (BCN) des États membres et se chiffre à 10.825 milliards d’euros repartis entre eux selon des critères précis; et qui, en plus, est la banque centrale à la quelle est rattachée le franc CFA.

De la gestion de ses bénéfices

La composition on ne peut plus particulière de son capital n’est pas la seule chose qui propulse la BCEAO au rang de la banque centrale la plus mystique au monde. En effet, alors que sa banque mère, la Banque Centrale Européenne soutien l’économie des pays de la zone euro, à travers des prêts, souvent même à des taux d’intérêts nuls, la BCEAO, conformément aux dispositions de ses statuts, n’accorde plus de concours monétaires directs aux Etats qui en sont les propriétaires. Et pire, là où la BCE répartit ses bénéfices entre tous les Etats qui y détiennent des part, la BCEAO elle, affecte son résultat largement positif à la gestion de son personnel, en terme de prêt au personnel sous forme de crédit direct, ou d’avance sur salaire. En 2015, sur un résultat de 49,440 milliards de fcfa, elle a prêté 49,455 milliards de FCFA à son personnel. La BCEAO ne prête donc pas aux Etats, mais à son personnel.

Et selon les états financiers de 2016, à consulter ici, à la page 49, on peut lire que ces prêts au personnel ont augmenté de 6% en passant de 49,445 milliards à 52,244 milliards. Pas mal non? Surtout quand sur cet exercice le résultat est en hausse de 132% pour se situer à 114,664 milliards. Il apparaît clairement donc que travailler à la BCEAO fait partie des meilleurs job dans la région mais le travail de la BCEAO fait partie des pires jobs pour les économies locales.

Alors, toutes ces conférences au frais des contribuables ont-elles quel intérêt si le résultat des flux monétaires émanant du travail de ces contribuables ne profite qu’à une tranche d’individus déjà bien lotis?

Le fonctionnement, ainsi révélé de la BCEAO, finit par convaincre de la grosse escroquerie que constitue le franc CFA. Cette monnaie ne conduira jamais les pays qui l’utilisent au développent, car en vérité, cela n’a jamais été, et ne sera jamais son but.

 

Haumar Sory

Chroniqueur politique

Coordinateur local LIDER Suisse

 

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