L’Arabie saoudite s’est défendue mardi de toute volonté d’imposer un blocus au Qatar, mis au ban pour son soutien supposé au «terrorisme», en réponse aux inquiétudes de nombreux pays dont les États-Unis et la Turquie.

Le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al-Jubeir, a rencontré son homologue américain Rex Tillerson, mardi à Washington.PHOTO AFP

En rompant le 5 juin avec Doha, Riyad et des pays arabes ont interdit leurs espaces aériens à ce pays et imposé des restrictions au commerce et au déplacement des personnes, l’Arabie saoudite fermant sa frontière terrestre avec le Qatar.

«Il n’y a pas de blocus contre le Qatar (…), les ports sont ouverts, les aéroports sont ouverts», a souligné le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir en visite à Washington.

«Nous leur avons interdit notre espace aérien, ce qui est notre droit souverain», a-t-il dit, ajoutant que «les limitations d’utilisation de l’espace aérien saoudien ne concernent que les compagnies qataries et les appareils qui sont la propriété de Qatariotes».

 

«Techniquement, cela n’est pas un blocus. le Qatar peut importer et exporter des biens quand il veut. Ils ne peuvent juste pas utiliser nos eaux territoriales», a ajouté M. Jubeir.

«Nous sommes prêts à approvisionner (le Qatar) en vivres et en médicaments, si nécessaire», a-t-il poursuivi.

Le ministre saoudien a tenu ses propos après avoir rencontré son homologue américain Rex Tillerson qui avait souhaité «l’allègement» des mesures économiques contre le Qatar en dépit de la position plus dure du président Donald Trump, qui avait lui sommé ce pays d’«arrêter immédiatement» son financement des mouvements «terroristes».

«Peine de mort»

Ankara a annoncé mardi soir que le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, se rendrait mercredi au Qatar pour y rencontrer l’émir, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

M. Cavusoglu aura aussi des conversations avec son homologue qatari cheikh Mohammad ben Abdel Rahman Al Thani, selon le communiqué officiel turc, alors qu’Ankara observe avec préoccupation la crise impliquant le Qatar, son principal allié dans la région.

En première ligne lorsqu’il s’agit de défendre Doha, le président turc Recep Tayyip Erdogan a assuré que le Qatar était un pays contre lequel «une peine de mort avait en quelque sorte été prononcée».

«S’efforcer d’isoler un pays dans tous les domaines (…) est inhumain, contraire (aux valeurs de) l’islam», a déclaré M. Erdogan.

Le président turc a aussi indiqué mardi qu’il devait avoir un entretien par téléconférence avec le président français Emmanuel Macron et l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

La Turquie entretient des rapports privilégiés avec le Qatar, richissime émirat gazier avec lequel elle a des relations commerciales importantes.

M. Erdogan s’est toutefois abstenu de critiquer frontalement la puissante monarchie saoudienne, avec laquelle son pays veut développer ses relations.

«Je pense qu’en tant qu’aîné du Golfe, le roi (Salmane) d’Arabie saoudite devrait résoudre cette affaire, faire preuve de leadership», a-t-il déclaré.

Le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu par téléphone avec le roi Salmane. Il a évoqué, selon le Kremlin, «l’aggravation de la situation au Qatar qui, malheureusement, n’est pas propice à la consolidation des efforts conjoints pour le règlement de la situation en Syrie».

L’Iran, autre soutien du Qatar, a proposé par la voix de son chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif «d’établir un mécanisme permanent de consultation, de conversation et de résolution des conflits dans notre région».

L’Iran a déjà envoyé des tonnes d’aide alimentaire au Qatar, ostracisé par ses voisins en raison notamment de son rapprochement avec Téhéran.

«Aucune logique»

Le Qatar reste quant à lui sur une ligne dure en réaffirmant son indépendance, notamment en matière de politique étrangère, jugée favorable aux islamistes par ses voisins, et en défendant ses liens avec l’Iran.

«Les accusations (contre le Qatar) n’ont aucun fondement et aucune logique», a affirmé l’ambassadeur du Qatar auprès de l’Union européenne, Abdel Rahmane al-Khulaïfi.

Il a toutefois souhaité «un succès» de la médiation menée par l’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah, dont le pays n’a pas rompu avec le Qatar, et s’est dit certain qu’elle sera soutenue par d’autres pays, notamment les États-Unis.

M. Khulaïfi a souligné que son pays ne pouvait pas tourner le dos à l’Iran, avec lequel il partage le deuxième champ gazier du monde.

«Comment peut-on créer de l’animosité avec un pays qui partage avec nous un champ gazier ?» s’est-il demandé, relevant que les pays arabes qui reprochent à Doha son rapprochement avec Téhéran ont parfois des liens économiques plus solides avec l’Iran.

«Le Qatar peut être considéré comme le cinquième partenaire commercial de l’Iran mais le premier est la Chine et le deuxième sont les Emirats arabes unis».

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