Commandé à l’issue d’une campagne 2016‑2017 marquée par la surproduction et la défaillance des exportateurs, un récent audit du système de commercialisation du cacao, que La Lettre du Continent s’est procuré, analyse de manière implacable ces dysfonctionnements.

Alassane-ouattara-cacao
Le president Alassane Ouattara, maître d’Oeuvre des errements dans la filière cacao.

Contrôle insuffisant

Le cabinet international d’expertise-comptable, d’audit et de conseil KPMG a remis au gouvernement, le 12 mars dernier, les conclusions de sa mission sur la situation de la filière cacaoyère. Ce document de 152 pages revient dans le détail sur les manquements et la véritable « casse » de ce secteur, en particulier au cours de la campagne 2016-2017. Les griefs sont multiples. Le rapport évoque une « gestion approximative » du Conseil café-cacao (CCC), structure publique encadrant les deux filières, dans l’attribution de ses agréments. Aucun contrôle méthodique ou rappel à l’ordre de l’Etat n’est venu stopper cette dynamique. Nombre d’autorisations, dont ont bénéficié les sociétés exportatrices, sont qualifiées de « non justifiées ». Il s’avère qu’une majorité de ces entreprises, souvent dirigées par des proches du régime ivoirien, n’ont « ni la surface financière ni les compétences techniques requises » pour assurer ce type de contrat. Conséquence : le volume de contrats en défaut (impossibilité pour l’exportateur de livrer sa cargaison ou pour l’importateur de la réceptionner) reste élevé et impacte le budget national. En 2016-2017, ces contrats ont porté sur 220 000 tonnes de fèves (la Côte d’Ivoire produit annuellement entre 1,8 et 2 millions de tonnes), équivalent à 400 milliards F CFA (608 millions €). 500 milliards de pertes. Le GIE des petites et moyennes industries et des coopératives exportatrices de café-cacao (PMIEX-COOPEX) est principalement visé. Il a concentré 68% des contrats en défaut de cette campagne, soit 32 opérateurs. La revente partielle de ces contrats aux multinationales (Cargill, Touton, Cémoi…) a coûté 185 milliards F CFA (282 millions €). Le rapport préconise d’établir de toute urgence « un système de suivi de la capacité financière » de ces entités ainsi qu’une analyse du portefeuille des sociétés inscrites au CCC. Parallèlement, KPMG appelle à en réduire le nombre de manière drastique en les ramenant à 50 contre près de 130 actuellement. Parmi les autres défaillances, la dernière campagne, déjà impactée par le repli des cours mondiaux du cacao, a pâti d’une surproduction non anticipée par le CCC. Les récoltes ont atteint 16% de plus que prévu – soit 250 000 tonnes – illustrant,
selon KPMG, « une absence d’anticipation » faute d’outils adéquats. Les pertes globales pour l’Etat et les planteurs dues aux manquements de cette campagne ont atteint 500 milliards F CFA (762 millions €).

Clientélisme

La politique du CCC n’est pas moins épinglée. Celle-ci se traduit par des recrutements complaisants qui fragilisent sa gouvernance. Ainsi, la majorité des membres du service de l’audit interne 0ne disposent pas d’un diplôme professionnel d’auditeur. Un problème qui perdure à l’heure actuelle. Pour ne rien arranger, le conseil d’administration du CCC piloté par Lambert Kouassi Konan, un proche de l’ex-président Henri Konan Bédié dit « HKB », a longtemps été tenu à l’écart de cette gestion clientéliste. Les pertes sèches de ces dernières années ont poussé le gouvernement à se séparer de Massandjé Touré-Litsé, la directrice générale du CCC, et de l’ensemble de son staff pour la remplacer par Yves Brahima Koné. Ce baron du Rassemblement des Républicains (RDR) appartient au premier cercle du premier ministre Amadou Gon Coulibaly ( LC n°759  ; LC n°761 ; LC n°766). Ces dysfonctionnements ont par ailleurs incité le chef du gouvernement à négocier un prêt de 300 millions $ auprès de la Banque mondiale pour relancer le secteur.

Source La Lettre du Continent

Share

Réagissez à cet article

commentaires