Suite à la récente sortie du ministre Pascal Abinan, dans un quotidien Abidjanais, dans le lequel, il tirait à boulets rouges, sur tous les opposants au projet de nouvelle constitution du président Alassane Ouattara, la coordination locale de Liberté et démocratie pour la république (LIDER) en Suisse a produit une déclaration qui nous est parvenue. Nous en livrons le contenu:

Haumar.sory
Haumar Sory, Coordinateur local LIDER Suisse. Photo d’illustration

« S’OPPOSER À LA NOUVELLE CONSTITUTION EST UN DEVOIR CITOYEN »

Monsieur Pascal Kouakou Abinan, ministre de la Fonction Publique de Côte d’Ivoire, a, selon un quotidien de la place, « explosé », pour dénoncer l’opposition d’une bonne partie de la classe politique ivoirienne au projet d’adoption d’une nouvelle Constitution initié par Alassane Ouattara.

Nous serions surement passés à autre chose, tant l’exercice auquel il s’est adonné n’est pas nouveau, encore moins surprenant, s’il n’avait pas traité cet acte d’opposition, à tout point de vue citoyen, d’acte contraire au bon sens, d’une part, et de rébellion d’autre part.

D’abord, n’est-ce pas tenir des propos contraires au bon sens que de se retrouver en train de condamner l’acte de rébellion pendant qu’on jouit en abondance, et cela sans partage, des fruits d’un acte de rébellion ? Ensuite, si monsieur Pascal Abinan a voulu faire peur aux opposants en les affabulant du sceau de rebelles, mal lui en a pris. En effet, l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, nous a enseigné qu’on peut commencer par être rebelle, pour finir président de l’Assemblée Nationale, qu’on peut commencer par être rebelle, pour finir Général de Division de l’armée, et aussi qu’on peut soutenir un rebelle, pour finir ministre de la Fonction Publique. Etre rebelle ne saurait donc être contraire au bon sens dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.

Mais si le ministre Abinan a bien réussi quelque chose lors de son interview, c’est bel et bien de justifier son salaire, en revêtant les habits du griot de service des présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Le contenu vaseux de ses propos n’est effet digne que des griots modernes, qui ont sacrifié la fonction noble des griots d’antan, celui de porte-voix des sans voix devant les rois, sur l’autel des espèces sonnantes et trébuchantes.

Sinon comment comprendre que selon le bon sens ‘’Made in Abinan’’, « le peuple ivoirien, aujourd’hui, comprend les choses ». Pour dire que, si un peuple à 55% analphabète peut comprendre la nuance juridique entre réviser une constitution et en adopter une nouvelle, pourquoi un ministre de République ne saurait-il pas déceler cette nuance ?

Lisons-le plutôt : « Je pense qu’ä partir du moment où le président Bédié a clarifié les choses, il s’agit bel et bien d’une nouvelle Constitution (sic), parce que si c’était une révision, le président n’aurait pas besoin d’aller au referendum. On pouvait passer par le parlement et puis faire cette révision. Nous sommes largement majoritaires à l’Assemblée. Donc recourir au 4/5 du Parlement pour faire une révision, c’était possible. Il s’agit donc bel et bien d’une nouvelle constitution. Le moment est venu de faire une nouvelle Constitution et le président a eu le nez creux d’aller dans ce sens ».

Le triple saut effectué par notre orateur pour passer du principe de révision d’une Constitution, à celui de l’adoption d’une nouvelle, est tout simplement impressionnant. Monsieur Pascal Kouakou Abinan nous aurait aussi surement ramené une médaille des Jeux Olympiques de Rio, tant l’exercice qu’il réussit ici n’est pas aisé.

A-t-il seulement déjà lu l’article 126 de notre constitution ? : « La révision de la Constitution n’est définitive qu’après avoir été approuvée par référendum à la majorité absolue des suffrages exprimés. Est obligatoirement soumis au référendum le projet ou la proposition de révision ayant pour objet l’élection du Président de la République, l’exercice du mandat présidentiel, la vacance de la Présidence de la République et la procédure de révision de la présente Constitution.

Le projet ou la proposition de révision n’est pas présenté au référendum dans toutes les autres matières lorsque le Président de la République décide de le soumettre à l’Assemblée nationale. Dans ce cas, le projet ou la proposition de révision n’est adopté que s’il réunit la majorité des 4/5 des membres de l’Assemblée nationale effectivement en fonction. »

Le texte ici ne dit rien d’autre que la révision ne peut se faire au Parlement que si elle ne concerne pas, dans le contexte actuel, l’article 35 (élection du président), la limitation de mandant (exercice du mandat présidentiel), la création d’une vice-présidence (vacance de la Présidence de la République). Le texte ajoute même que la procédure de révision de la présente Constitution doit obligatoirement être soumis au referendum.

Alors des trois choses, l’une : soit monsieur Pascal Abinan n’a jamais lu les textes de la Constitution de la République dont il est ministre, soit il n’y comprend rien, ou soit le bon sens est un luxe pour lui. Lui qui dénie ce bon sens à ceux qui s’opposent à ce referendum ne serait donc en réalité que l’hôpital qui se moque de la charité.

Le chef de tout le personnel administratif civil de Côte d’Ivoire a même pousser l’outrecuidance jusqu’à dire que « cette nouvelle Constitution (…) est faite pour les générations à venir ». Là encore, le bons sens ‘’Made in Abinan’’ voudrait que, pour les générations à venir, on lève le verrou de la limite d’âge maximal pour briguer la magistrature suprême, là où la raison aurait voulu que l’âge minimal de candidature soit rajeuni. Bienvenus en Côte d’Ivoire ! Ici, l’avenir appartient à la vieillesse !

Ce que nous ivoiriens, remplis de bon sens, devrions retenir, c’est que notre Constitution est assez claire sur sa procédure de révision. Elle peut donc être simplement révisée sans qu’on ait besoin de la dissoudre pour adopter une nouvelle constitution et passer à une nouvelle république ; permettant ainsi, tout en veillant à faire sauter le verrou de la limite d’âge, à Alassane Ouattara de briguer un 3ème mandat, et faire de lui notre président à vie, en supprimant aussi la limitation des mandats présidentiels. Voilà simplement résumé le soleil que le ministre Abinan veut cacher avec ses mots.

Alassane Ouattara prépare donc un coup d’Etat Constitutionnel pour se maintenir à vie au pouvoir. Et c’est un devoir citoyen que de s’y opposer, aucunement une rébellion.

Ivoirienne, tiens-toi prête, Ivoirien, tiens-toi prêt, le pays nous appelle. Notre devoir est de ne pas l’abandonner.

Pour la coordination locale LIDER Suisse

Haumar Sory

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