Moins de 6% de femmes à la tête des communes, moins de 12% de femmes à l’Assemblée Nationale, 7% de femmes candidates à l’élection présidentielle de 2010, 20% à celle de 2015, une seule femme présidente d’institution, moins de 40% de femmes au gouvernement. De plus jamais une femme n’a occupé le poste de Président de la République, Premier ministre, Président de l’Assemblée Nationale ou même ministre d’état. Il n’est guère surprenant que la Côte d’Ivoire occupe le honteux 43e rang africain dans l’indice d’égalité genre et se loge dans le top 40 des derniers mondiaux. La moisson est donc peu glorieuse en Côte d’Ivoire. En effet, si les femmes constituent plus de la moitié des citoyens ivoiriens, elles n’occupent pas pour autant les postes décisionnels en politique.

Qu’est ce qui explique ce contraste ? Cette situation est-elle irréversible ?

Nkosazana Dlamini-Zuma, politicienne Africaine

Divers facteurs concourent à expliquer cette situation. L’on peut en retenir quatre:

Une société traditionnelle

Plus de 50% de la population ivoirienne vit en milieu rural selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH de 2014).

Traditionnellement, de nombreuses cultures considéraient la femme comme un élément de plaisir ou de triomphe. En sorte que, plus on en avait, mieux on était respecté. Les femmes n’avaient pas le droit de parler en public notamment de la gestion de la société, de la politique donc qui, étymologiquement, renvoie à la gestion de la cité. Cette conception sociale de la femme n’a pas totalement disparu. Du coup, le discours de l’affirmation politique de la femme n’a que peu d’échos.

Une éducation à double vitesse

La conception du rôle de la femme est véhiculé tant par l’éducation familiale que nationale. En effet, en général, l’on n’éduque pas sa fille comme on éduque son garçon.

La fille est préparée au foyer et aux tâches ménagères, le garçon aux responsabilités et à dominer. De plus, à l’école, l’histoire enseignée, les références aux personnages actuels ou passés sont très rarement des femmes. Ce qui nourrit dans l’esprit de l’enfant, une vision de l’homme dominateur, et de la femme peu leader. Au primaire l’on retrouvait dans notre livre de lecture dès le CP, des phrases comme : Mamam va au marché ; Papa va au travail. Ce qui a pour effet de fixer dans l’esprit de l’enfant les rôles respectifs de l’homme et de la femme.

Par ailleurs, la télévision qui concourt à l’éducation de l’enfant aujourd’hui

diffuse de nombreuses images de femmes à peine vêtues dansant s’exhibant devant des hommes eux vêtus. Ces images renforcent l’idée de femme dédiée au plaisir de l’homme.

L’enfant est donc de toute part assailli d’une conception de femme au service de l’homme.

La politique, un système masculinisé

L’organisation des partis politiques est peu en clin, à responsabiliser conséquemment les femmes. En clair, les structures spécialisées des femmes et aussi des jeunes, sert beaucoup plus à les exiler du pôle de décisions et à les consacrer à unemission de mobilisation. Les femmes sont regroupées dans une structure qui n’est pas la direction du parti. Ceci a pour conséquence d’affaiblir considérablement, le poids et la présence des femmes au sein des instances de décision. Par ailleurs, les heures même de réunions, s’accommodent mal avec la vie au foyer ou en famille qui requiert que la femme s’affaire aux tâches ménagères, culinaires, éducative etc.

Les raisons propres aux femmes

La politique en Côte d’Ivoire est violente, émaillée d’emprisonnement, de guerre,

de viols d’arrestation… Ceci est peu attractif pour des femmes réputées pour leur douceur. De plus, il y a peu d’audace des femmes. Reléguer au second rang, il leur faut malheureusement bien plus d’audace que les hommes pour s’affirmer. Or, bien souvent, elles se lassent, encaissent mal les coups, et sont peu audacieuses, intimidées, effrayées.

En outre, la politique requiert de nombreux moyens financiers que n’ont pas forcément les femmes, qui, en Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux autres pays d’ailleurs, sont moins bien payés, et plus au chômage que les hommes.

Certaines interprétations des « livres saints »

La population ivoirienne est majoritairement musulmane et chrétienne selon le RGPH de 2014. Seulement, l’interprétation des « livres saints » par certains prédicateurs de ces religions est de nature à nier à la femme toute forme de responsabilités.

Le constat est donc peu reluisant et les facteurs qui sous-tendent cette situation sont d’une véhémence plus qu’avérée, prononcée. Nonobstant la pertinence de ces facteurs, des solutions sont envisageables.

La sensibilisation par l’éducation

Si l’éducation concourt à freiner les femmes et caricaturer leur rôle, cette éducation doit être utilisée pour rétablir et véhiculer des valeurs qui incluent les femmes comme actrices, au même titre que les hommes, de changement, de gouvernance. Aussi les films, l’art, les clips urbains doivent concourir à renforcer le leadership des femmes. Il est prouvé par une récente étude qu’aux Etats-Unis,

le film 24heures chrono a énormément contribué à influer sur l’acceptation d’un président noir à la tête de l’Etat.

Par ailleurs, il faut joindre à la sensibilisation des femmes déjà présentes brillamment en politique et des religieux favorables au leadership des femmes afin que ces derniers soient des relais.

L’angle d’attaque de la question : Le problème social

L’on oppose généralement la femme à l’homme. Or, les réels adversaires sont les stéréotypes. La question de la responsabilisation de la femme est un

problème d’inégalité sociale et non une « affaire de femme ». C’est donc la société

qui doit corriger cette anomalie et faire des femmes de réelles actrices de développement. L’on ne saurait développer une nation en excluant tout un pan de celle-ci et son apport.

La solution légale

La loi pourrait contribuer à forcer l’amélioration de la responsabilisation des femmes par le quota, la parité sur la liste des candidats aux différentes élections. Seulement, il faut faire attention aux effets pervers de ces systèmes qui souvent se révèlent inefficaces et font naitre même d’autres discriminations.

En définitive, de nombreux obstacles se dressent sur la voie de la responsabilisation de la femme. L’acuité de ceux-ci, imposent une démarche cohérente pour hisser la femme au rang d’actrice politique majeure au même titre que l’homme.

Ley-Arnaud