La Cour de cassation de Ouagadougou vient d’annuler les mandats d’arrêt internationaux lancés dans le cadre des enquêtes sur la tentative de putsch perpéprée le 16 Septembre 2015 et la mort du capitaine Thomas Sankara survenu le 15 Octobre 1987.Blaise Compaoré et Soro Guillaume sont les principaux bénéficiaires de cette annulation.

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Blaise Compaoré (à gauche) et Soro Guillaume (à droite)

« Tous les mandats d’arrêt internationaux ont été annulés aujourd’hui par la Cour de cassation pour vice de forme. Ça concerne aussi bien le mandat d’arrêt contre Blaise Compaoré, le mandat contre Soro Guillaume et bien d’autres », c’est en ces termes qu’Armand Ouédraogo, Procureur général de la Cour de cassation burkinabé a annoncé hier Jeudi 28 Avril l’annulation des mandats d’arrêt internationanux émis par la justice militaire du pays.

La raisons évoquée pour une telle mesure s’explique par le fait que selon l’article 130 du Code de procédure, il aurait fallu une « réquisition  » du Procureur du tribunal militaire, à savoir le commissaire du gouvernement, avant d’émettre les mandats internationaux. « Cette formalité n’ayant pas été accomplie, la Cour a donc décidé d’annuler tous les mandats internationaux », a conclu le procureur Armand Ouedraogo.

C’est donc une question de forme et non de fond qui sous-tend  « le verdict » en faveur du Colonel Norbert Koudougou Commissaire du Gouvernement , dont une source proche du dossier indique comme l’auteur du recours. Cependant l’homme qui annulé les mandats s’est voulu rassurant. A  la question de savoir si les enquêtes étaient ainsi closes, il a répondu en ces termes: « L’annulation des mandats ne veut pas dire que c’est fini. Les juges peuvent reprendre et corriger les actes en suivant les procédures pour les rendre valides. Ce sont des lacunes qui peuvent être reprises. Même dès demain si les juges le veulent ».

Mais le voudront-ils vraiment? La question reste posée quand bien même pour certains observateurs, ce revirement des nouvelles autorités burkinabés était prévisible. Pour la petite histoire, l’ouverture de l’enquête sur la mort du Capitaine Thomas Sankara date de fin Mars 2015 .L’inculpation pour « assassinat », « attentat » et « recel de cadavre » de l’ex-Chef d’Etat Blaise Compaoré renversé le 31 Octobre par une insurrection civile qui l’a conduit à s’exiler depuis lors en Côte dIvoire, en est l’aboutissement.

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  Roch Kabore (à gauche) et Alassane Ouattara (à droite)

Le 04 Décembre 2015 la justice militaire lançait un mandat d’arrêt international qui fut accueillit dans la même ferveur que celle émise le 08 Janvier 2016 contre le Président de l’Hémicycle ivoirien mis en cause dans le putsch contre la transition, et perpétré par le Général Diendéré qui finit par abdiquer sous la pression internationale mais surtout du peuple du Faso après quelques jours de résistance.

Le gouvernement ivoirien directement interpellé par ces mandats du fait que les mis en cause se trouvaient sur son sol, l’un en qualité d’exilé politique ayant été naturalisé entre temps, et l’autre en tant que Chef du parlement donc 2ème personnalité de l’état, avait réagit en préconisant un règlement diplomatique de la question.

Comme on le voit, ces  deux (02) mandats, fruit du grand zèle du gouvernement de la transition, ont fini par buter sur la « realpolitik »  avait indiqué comme raison suffisante pour ne pas espérer grande suite de ces mesures judiciaires « impulsives ». En effet c’est un secret de polichinelle que Roch Kaboré, le nouvel homme fort du Burkina, est  l’ancien bras droit de Blaise Compaoré pendant son temps de règne. C’est encore un autre secret que Burkina a constitué une base arrière pour la rebéllion ivoirienne dont Soro Guillaume en a assumé la direction.

Autant d’éléments qui font que les mandats d’arrêt, « fruit du grand zèle de la transition » étaient comme un caillou dans la chaussure de Roch Kaboré, et dont il fallait absolument se débarrasser. Mais comment s’y prendre sans que cela ne heurte la trop grande sensibilité des peuples (autant burkinabé qu’ivoirien), et ne viole le principe sacro-saint et cher à la démocratie du respect scrupuleux de la séparation des pouvoirs. Avec cette annulation, l’on peut dire sans risque de se tromper que la parade a été toute trouvée.

N’dri Anasthasie

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