À  7 mois des élections législatives en Côte d’Ivoire, le Pr. Mamadou Koulibaly, président de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), dans un pamphlet qui nous est parvenu, dénonce, avec une logique cartésienne remarquable, le caractère arbitraire du découpage électoral et le nombre pléthorique de députés siégeant au parlement ivoirien.

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le Pr. Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et président du parti d’opposition de Côte d’Ivoire LIDER. ©Photo by LIDER News

Mamadou Koulibaly | LIDER | 17 avril 2016


Chère Ivoirienne, cher Ivoirien,

Plutôt que de faire tabasser et emprisonner les étudiants ou de se hâter d’instituer un chef de file de l’opposition là où c’est un Statut qui sécurise les droits des opposants qui est réclamé, le gouvernement Ouattara serait bien inspiré de s’atteler à régler de vrais problèmes, parmi lesquels on retrouve l’actualisation de la liste électorale pour permettre aux trois millions de personnes exclues de l’élection présidentielle de s’inscrire et participer aux scrutins à venir, et également la mise à jour du redécoupage électoral.

Le nombre de députés est-il adéquat pour la Côte d’Ivoire ?

Juste avant les législatives de 2011, Ouattara s’était empressé d’augmenter le nombre de députés à 255, sans aucun élément probant pour étayer cette action. Depuis lors, un recensement, certes bâclé, a été effectué en 2014, dont les résultats ont été communiqués plus d’un an après. Il en ressort que la Côte d’Ivoire aurait une population de 22.671.331 habitants, dont 9.005.242 en âge de voter, parmi lesquels seuls 6.300.142 sont inscrits sur la liste électorale, les trois millions restants ayant été exclus par la commission électorale inféodée (Cei).

En l’état actuel des choses, cela représente un ratio d’un député pour 88.907 habitants et d’un député pour 24.706 électeurs. Comme éléments comparatifs, prenons le cas de l’Allemagne, de la France, de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud. Ces pays sont non seulement de grandes démocraties, mais également largement plus peuplés que la Côte d’Ivoire et comme nous aspirons à être un jour «émergent» comme les trois derniers cités (certains nous promettent même que nous y arriverons dans 3 ans), alors il est bon de regarder comment cela se fait chez ceux qui le sont déjà.

En Allemagne, la moyenne est de 1 député pour 131.800 habitants et d’un député pour 97.305 électeurs. En France, le ratio est de 1 député pour 113.000 habitants et un député pour 74.000 électeurs. En Inde, 1 député représente 1.500.000 électeurs. Au Brésil, ce sont 265.000 inscrits sur les listes électorales qui sont à la charge d’un député. Sur le continent, en Afrique du Sud, il y a un député pour 135.005 habitants et pour 63.470 électeurs.

En termes de couverture territoriale, le député ivoirien couvre en moyenne 1.265 km² là où le député américain couvre 22.588 km². Le député sud-africain, quant à lui, couvre une superficie de 3.053 km².

Au regard de ce qui précède, il apparait que le nombre de députés ivoiriens est largement au-dessus des standards. Ceci a un impact important sur la dépense publique, et réduire leur nombre permettrait d’affecter les fonds concernés à des dépenses plus urgentes dans les domaines de l’éducation, de la santé et du foncier rural.

Le gouvernement Ouattara redoutant l’inscription de nouveaux votants, si la liste électorale n’est pas actualisée avant les législatives, en usant d’un ratio encore très largement au-dessus des normes d’un député pour 50.000 électeurs, la Côte d’Ivoire devrait pouvoir fonctionner avec 126 députés. Si l’on veut être très généreux, et que l’on décide de prendre le ratio d’un député pour 113.000 habitants comme la France (qui est loin d’être exemplaire, tel qu’on l’a vu plus haut), alors on se retrouverait avec 201 députés ivoiriens pour siéger à l’assemblée nationale.

Une répartition douteuse

Un toilettage du découpage électoral devrait aussi permettre de corriger l’allocation hasardeuse du nombre de députés dans certaines circonscriptions.

Quelques exemples : La région du Guémon, avec 919.392 habitants se retrouve ainsi avec 7 députés, autant que la région du Kabadougou avec ses 193.394 habitants ! Le département de Kong a 3 députés pour 87.929 habitants, alors que le département de Ouangolodougou n’en a que 2 pour 236.766 habitants (donc 2,5 fois plus que Kong). Le département de Béoumi, qui dispose d’une population égale à celle du département de Sakassou (94.000 habitants) se retrouve avec 2 députés contre 1 seul pour Sakassou etc. Les exemples sont légions.

Il est temps de faire cesser cette gabegie et de moderniser nos institutions en les mettant aux normes, en laissant de côté toute manipulation électoraliste qui consisterait, pour le pouvoir en place, à gonfler le nombre de députés dans les zones qui lui sont réputées favorables et à maintenir ou pis, à augmenter le nombre global de députés à l’assemblée nationale, pour permettre aux proches et aux amis de bénéficier d’avantages et de rentes dispendieux, pendant que les populations ordinaires souffrent et tirent plus que jamais le diable par la queue.

Chère Ivoirienne, cher Ivoirien, osons mettre fin à l’Etat utilisé comme un gâteau à partager entre copains par la clique au pouvoir et enfin nous doter d’institutions modernes et fonctionnelles, en attendant la réforme constitutionnelle qui introduirait le régime parlementaire avec mode de scrutin majoritaire à un tour, dont Ouattara ne veut pas entendre parler, puisqu’elle limiterait considérablement les pouvoirs de l’hyper-président de la République et le contraindrait à rendre compte de sa gouvernance devant le parlement.

Prof. Mamadou Koulibaly
Président de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER)

N.B: le titre et l’intro sont de la rédaction

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