12.396 migrants illégaux vraisemblablement ivoiriens sont sur le territoire italien selon le département des libertés civiles et de l’immigration du ministère de l’intérieur italien. Parmi eux l’on retrouve 8863 hommes, 1631 femmes, 173 mineurs accompagnés et 1729 mineurs non accompagnés. En clair, les diverses composantes de la population ivoirienne ne sont guère épargnés par ce phénomène qui, au-delà du risque, est préoccupant.

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La Côte d’Ivoire qui hier faisait rêver est aujourd’hui déserté au point d’occuper la honteuse place de 1er pays « exportateur de migrants irréguliers» avec plus de 800 arrivées seulement sur la période allant du 1er janvier au 15 février. Ces chiffres ne prennent pas en compte les probables migrants dont les rêves se sont noyés avec eux en mer avec les embarcations de fortune. Cette fièvre de l’exil à tous prix, à tous risques plus qu’inquiétante est dramatique et alarmante. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le pays de l’hospitalité fait fuir ses propres enfants ? Comment freiner cette vertigineuse courbe de l’exil ?

1. Corruption, affairisme et impunité : La trilogie dangereuse

Les migrants fuient un quotidien ivoirien difficile. En effet, aux situations économiques délicates des populations s’ajoutent la corruption et l’affairisme qui annihilent tout espoir de lendemain meilleur. En clair, pour présenter des concours, faire des papiers administratifs, avoir une décision de justice favorable etc l’une des clés semblent être la corruption. Cela est d’autant plus probant que les migrants eux même le confirment notamment lors de la récente tournée de sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière. Investir dans le risqué périple pour l’Europe est pour les migrants moins dangereux qu’investir en Côte d’Ivoire : C’est inquiétant. Cette corruption plus qu’avérée, prononcée est confirmée par le classement de la Transparancy International dans lequel la Côte d’Ivoire n’occupe même pas une place dans le top 100 des pays les moins corrompus la ou des pays africains tels le Botswana, le Cap Vert, l’île Maurice, le Rwanda , le Sénégal, le Ghana occupent respectivement le 35ème, 38ème, 50ème, 64ème, 70ème rang mondial. En clair, en plus de la misère des populations, l’espoir de s’en sortir par ses capacités leur est presqu’ôté. Il y a un travail urgent à faire dans la lutte contre la corruption.

2. Pauvreté, mauvaise formation et environnement économique difficile

La Côte d’Ivoire fait de la croissance à l’image de nombreux pays africains. Seulement, les retombées de cette croissance sont à peine perceptibles chez les populations dont près de la moitié vit avec moins de 1 dollar américain par jour. La misère et le désespoir jettent les populations sur les meurtrières vagues de l’exil. L’une des sources de cette pauvreté est le système éducatif peu adapté aux réalités et exigences du marché. Des formations aux débouchés incertaines, les non achèvements des programmes scolaires, l’absence d’apprentissage de métiers dès le primaire pour permettre à ceux qui ont avorté leurs études de s’intégrer est de nature à rendre peu compétitif les ivoiriens sur le marché du travail. D’ailleurs la note du capital humain et de la recherche est de 14.5 sur une échelle de 100. La formation et la recherche scientifique sont donc est piteux états.

L’environnement des affaires également est délétère. Les libertés économiques sont loin d’être des acquis. Il est clair que des efforts ont été faits dans la réduction des procédures d’établissement d’une entreprise par la création du guichet unique notamment, mais de nombreux chantiers restent en suspens. La Côte d’Ivoire occupe d’ailleurs la honteuse 142ème place dans le classement « doing business » de 2017. Au demeurant, les candidats à la migration paient des montants allant de 500.000 francs CFA à 5.000.000 francs CFA selon le réseau. Ces montants multipliés par le nombre de milliers de candidats à la migration seraient un apport intéressant dans l’établissement de PME-PMI dans un environnement des affaires assaini.

3. Le mal démocratique et la mauvaise conduite de la réconciliation

La démocratie ivoirienne est sur une mauvaise pente. En effet, les convocations populaires n’ont guère suscité l’enthousiasme. Les faibles taux de participation aux élections, referendum sont symptomatiques du malaise démocratique ivoirien. De plus, la nouvelle constitution renforce les pouvoirs des dirigeants tout en minimisant la souveraineté populaire. La note de l’efficacité du gouvernement est 17.3/100. Les autorités peinent donc à avoir de la cohérence entre leurs actions, la volonté populaire et les nécessités. A côté, la réconciliation a été un échec. Le processus n’est inclusif et l’acharnement judiciaire seulement sur une seule partie au conflit n’a fait que diviser davantage les populations ivoiriennes.

 

En définitive, l’exil n’est que le symptôme d’un mal à diverses racines. Les migrants en plus de vivre un quotidien difficile sont dénués de tout espoir, de toute foi en la capacité de leur pays à les faire rêver, espérer mieux. Ce phénomène pourrait s’estomper par :

L’union, autour des valeurs qui fondent la nation ivoirienne, la justice, la probité, la liberté etc.

La discipline institutionnelle et des populations

Le travail libre, égal, accessible à tous sans favoritisme et sans parti pris.

Ley-Arnaud

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