Puisqu’il m’est donné l’opportunité de coucher mon point de vue et de donner un témoignage d’investisseur, j’en profiterai pour poser des questions que j’aimerais tant que certains journalistes ou intellectuels de ce pays se posent.

Premier sit ing des souscripteurs aux agrobusiness au Plateau,Abidjan, Cote d’Ivoire, Image d’illustration

La première fois que j’entends parler d’agro business c’est par l’intermédiaire de parents dont les collègues de travail eux-mêmes, enseignants à l’Université nationale en avaient parlé. C’est un peu le bon plan que l’on s’échange discrètement. Etant d’un naturel cartésien, très critique, je balayes d’un revers de la main cette énième création de « brouteurs » ivoiriens dont les exploits provoquent la risée des européens et la honte de leurs concitoyens de la diaspora quand de tels reportages sont diffusés sur les médias européens. Néanmoins, ayant souvenir d’émeutes de la faim provoquées il n’y a pas si longtemps dans plusieurs endroits de la planète, je me souvins que des traders en matières premières industrielles et de consommation avaient l’habitude de gagner des sommes indécentes en provoquant et organisant des pénuries de telle ou telle denrée afin de pouvoir spéculer et s’offrir des gains énormes. Cette pratique est aussi valable d’ailleurs sur la question de l’offre et la demande en besoins de viande et autres apports de protéine animale. Même s’il s’agissait de rentabilité de  plus de 200 %, inédite sur n’importe quelle place financière, je savais très bien que certaines industries telles celles des nouvelles technologies parvenaient à s’offrir des rentabilités incroyables ( l’iphone coûte 400 dollar à produire quand il est vendu à 850 dollars). La documentation disponible auprès de la cnra et d’autres semenciers industriels, une idée approximative des besoins en main d’œuvre qualifiée et/ou experte, en coûts des intrants, d’acquisition ou de location de surface arable me montre théoriquement l’absolue réalité d’un business model capable de rentabilité intéressante. D’ailleurs les producteurs de fleurs, d’ananas et autres bananes en Côte d’Ivoire le savent très bien, de même que nos agronomes formés dans nos écoles. Nul n’ignore désormais que Bolloré engrange des milliards en Afrique dans l’exploitation du palmier à huile et qu’il y a pléthore d’exemples (quand on prend la peine de chercher) d’initiatives semblables qui fleurissent en Afrique. Car contrairement à ce que beaucoup semblent ignorer, l’Afrique avec ses terres, devient l’el dorado pour beaucoup. A titre d’exemples, 2 de nos anciens présidents de la République ne sont-ils pas des « agriculteurs » notoires ? Pourquoi les chinois et les indiens achètent ou louent des hectares entiers de terre dans notre pays pour produire massivement, à une échelle industrielle de la banane et autres denrées alimentaires ?  Les terres agricoles se raréfiant, beaucoup d’asiatiques et d’européens achètent des concessions pour cultiver et produire des denrées alimentaires car la population mondiale augmente mais pas nos ressources ni nos terres cultivables…Un enjeu stratégique existe chez nous, qui commence à faire accourir ceux qui sont intelligents. S’est-on déjà demandé pourquoi toutes les grosses fortunes actuelles sont russes ou chinoises ? Parce qu’avec la libéralisation de leurs économies respectives, plusieurs pans d’activités (surtout celles relatives à la production de matières premières) sont désormais exécutés par des initiatives privées. L’émergence d’une classe moyenne à fort pouvoir d’achat est apparue.dans ces pays Pour en revenir au sujet de l’agro business, après avoir échangé avec des responsables de la plus grande structure de la place, diligenté des proches pour visiter les champs, je me rendis compte qu’enfin pointait dans mon cher pays, une génération de personnes avec le désir d’entreprendre sans le complexe de l’initiative privée occidentale. Alors que cela est en train d’encourager aussi bien la diaspora que l’initiative locale, à investir et chercher le développement, arrive le vieux poncif, l’antique sentiment que puisque cette initiative n’est pas d’origine occidentale, ne vient pas d’institutions illustres telles la BAD et autres succédanées du FMI, il faut absolument l’éteindre, l’annihiler. À présent, à ceux qui louent l’action du gouvernement, qui ne comprennent pas pourquoi ces « pathétiques » nigauds qui se sont faits « floués » continuent de réclamer le dégel des comptes des structures de l’agrobusiness, la libération des dirigeants de ces structures et une réflexion réelle sur cette activité ; à ceux-là, je vous invite à faire 2 observations.  Sur le fonds et sur la forme, j’essayerai de ne pas être long, il est vrai que nous sommes dans une ère de zapping. Sur le fonds, a-t-on jusqu’à présent vu le début d’une espèce de preuve des maux reprochés à ces structures d’agrobusiness ? Hormis l’amas de soupçons, de présomptions non irréfragables, a-t-on brandi une seule plainte fondée et des documents ou éléments prouvant les délits reprochés à ces structures ? Il est vrai que dans les « démocraties » tropicales, bananières, c’est à l’accusé de prouver qu’il n’est pas coupable et non à l’accusation d’apporter les éléments de la culpabilité…triste Afrique, pauvre Côte d’Ivoire…Je ne m’étendrai pas sur la composition du GTA (groupe de travail sur l’agrobusiness) mais a t-il été diligenté par la Représentation Nationale ? D’où vient que son fameux rapport ait force de loi pour l’opposer à toute une branche d’activité économique ? Hormis quelques auditions effectuées et des soldes bancaires consultés, quel travail de terrain a été effectué ?  Nos gouvernants connaissent tellement notre paresse intellectuelle qu’ils savent que quelques mots savants égrenés suffisent à éteindre toute velléité de contestation et de recherche de la vérité. Sur la forme, a-t-on déjà vu ailleurs que sous nos cieux, des détentions préventives pouvant durer plus de 96 heures (4 jours) ? Si ! À bien y réfléchir…c’est le cas à Guantanamo… Des personnes sont donc détenues sans procès et sans aucune plainte, personne n’a manifesté avoir été lésé, des comptes sont gelés à titre conservatoire mais les personnes propriétaires de ces dits comptes sont en plus enfermées à durée indéterminée…cela ne choque personne..chacun continuera de gloser, d’autres d’émettre quelques réflexions narquoises sans imaginer une seule seconde que nous voulons singer le modèle occidental, revendiquer notre place dans cette ère numérique post-moderne en reniant ce qui fait la force des sociétés prises en exemple…le suffrage universel ne définit pas la démocratie. Le respect et la liberté des pouvoirs législatifs et judiciaires sont des éléments extrêmement importants de la démocratie que nous louons tant. Désormais le comble va être atteint quand il est dit que les enquêtes sont en cours mais qu’il est déjà décidé de la liquidation de ces structures sans aucune décision légale de justice avec la seule puissance du Trésor public…Le gouvernement ne pouvant jusqu’à présent toucher aux comptes bancaires de ces structures (car les banques qui elles, sont obligées de respecter un minimum les règles bancaires internationales, ne peuvent permettre des débits d’aucune sorte sans le consentement des propriétaires des comptes, cela a occasionné le 1er rdv manqué du paiement des personnes étant allées se faire recenser au Trésor) va désormais repousser la date du début des remboursements….jusqu’à quand ? Les fameux croisements de liste risquent de s’éterniser… Il y a désormais un statu quo qui n’est bénéfique qu’à celui qui montre un cynisme inédit, et qui a intérêt à ce que la population crève, asséchée…car toutes les propositions faites jusqu’à présent ont été balayées du revers de la main, quand le Comité de veille n’a pas tout simplement joué à un double jeu – recevant les représentants des investisseurs pour écouter leurs propositions et publiant des communiqués en totale contradiction avec tout ce qui avait été évoqué avec ces représentants… Il est d’ailleurs de notoriété publique que la principale cible de cette affaire, la structure dont le démantèlement intéresse et motive le gouvernement, a plusieurs fois dépêchés des émissaires, entre autres les partenaires avec qui des conventions ont été signées avec la bénédiction et l’aide du gouvernement actuel pour une sortie de crise. Les différentes médiations effectuées ont très souvent abouti sur des accords officieux et des déconvenues officielles…Comprenne qui pourra. Pour conclure, je voudrais juste dire qu’il serait dommage de vouloir mépriser et insulter l’intelligence des personnes. Au-delà des convictions personnelles, il se joue dans cette histoire la conception que nous avons aussi de notre modèle de société. De notre projet commun de société. De notre empreinte, notre héritage, une idée de la Côte d’Ivoire. Ce qui est en train de se passer, perdurera, fera tâche d’huile. Certains croient que la Côte d’Ivoire ne doit plus être ce pays qui a le plus de jeunes qui prennent le chemin périlleux des mers pour une immigration aventureuse dans des terres occidentales inhospitalières. Ce pays a des forces et des atouts, réfléchissons-y ensemble. Le salut ne peut se limiter aux oboles et à un endettement exponentiel grevant la liberté de notre descendance. Il est à espérer qu’un jour la lumière, la vraie, impartiale et juste soit vraiment faite sur cette affaire qui dans notre histoire s’inscrit comme l’un des nombreux scandales minant notre pays.

Julien & Mahamadou Diarra

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