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L’élection présidentielle est maintenant terminée. Même si les esprits sont encore occupés à traiter le score soviétique qu’Allassabe Ouattara, le président élu, a réalisé, il n’en demeure pas moins, que la réélection de celui-ci ouvre officiellement la question de sa succession; surtout qu’il vient de s’engager, à l’occasion de l’interview exclusive accordée à TV5, à respecter la limitation de mandats prescrite par la constitution.

Autant que les candidats à la succession y pensent en se rasant, Alassane Ouattara y songe, et mieux, il la prépare déjà. Et certaines mesures qu’il a déjà prises, et d’autres qu’il a annoncées suscitent des questions légitimes, sur la place qu’il accorde à Soro Guillaume, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, actuel dauphin constitutionnel, dans cette course à sa succession.

D’abord sur le plan sécuritaire, une reforme globale des services de renseignements et de sécurité de Côte d’Ivoire, attendue dans le courant 2016, prévoit la centralisation de tous les services concernés au sein du Conseil national de sécurité (CNS), dirigé par le chef de l’Etat. Cette reforme sécuritaire, conçue par l’ex-ambassadeur Etats-unis à Abidjan, Lannon Walker, et copiée sur le modèle américain, va considérablement réduire l’influence Direction de surveillance territoriale (DST), et du Centre de commandement des décisions opérationnelles (CCDO) et sera accompagnée de moyens conséquents, notamment des drones acquis auprès d’Israël. La présidence est donc appelée à devenir le centre de décision unique, sous la supervision d’Amadou Gbon Coulibaly, secrétaire Général de la présidence, et de Birahima Téné Ouattara, dit  »Photocopie », frère cadet d’Alassane Ouattara. À la faveur de cette reforme, le services de renseignements des forces nouvelles, auparavant autonome, sera dissout. Après le débarquement de la tête du CCDO, en juillet 2014, du Lieutenant-Colonel Issiaka Ouattara, dit « Wattao », proche l’ex-chef rebelle Soro Guillaume, cette reforme à l’avantage d’ écarter un peu plus ce dernier, de la gestion des affaires sécuritaires du pays. Les raisons? Ouattara seul les sait.

Ensuite, l’annonce de la volonté du président fraîchement élu de proposer rapidement, au peuple ivoirien, un projet de révision constitutionnelle, suscite matière à polémiquer, quand on connait certains points contenus dans celui-ci. En effet, Ouattara ne cache sa volonté de vouloir faire sauter le verrou du  »et » contenu dans l’article 35 de la constitution actuelle. Ce changement permettrait  à plusieurs hautes personnalités binationales de se positionner dans la course à la succession, notamment Thierry Tanoh et Jean-Louis Billon. Une autre reforme constitutionnelle, concerne la création d’un poste de vice-président. Ce post, exigé depuis plusieurs années par le PDCI d’Henri Konan Bédié, et censé éloigner tout problème de succession en cas de vacances du pouvoir, s’attaque en réalité à la position avancée de Soro Guillaume par rapport à ses challengers dans la course à la succession. Effet, le statut de président de l’Assemblée nationale, fait de lui actuellement, la seule personne constitutionnellement habilitée à succéder à Alassane Ouattara, en cas de vacance de pouvoir.

Les cinq prochaines années à venir, nous donneront assurément d’assister à la bataille des héritiers au sein du RHDP. Rien n’est donc acquis pour Soro Guillaume, lui qui ne cache presque plus, son intérêt pour le fauteuil présidentiel, mais qui semble en perte d’aura auprès de son mentor d’Alassane Ouattara. Nous reviendrons bien évidemment sur cette guerre de succession ouverte.

Hervé Christ

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