02 juin 1900 – 02 juin 2017, 117 ans que le Faama Almamy Samory Touré est mort  d’une pneumonie, en captivité au Gabon, après y avoir été déporté par la France impérialiste. Qui était il? Quel combat a-t-il mené contre l’impérialisme? Quel symbole peut-il représenter pour les générations actuelles et futures? Nous vous offrons de revenir sur la vie de ce résistant africain en ce jour anniversaire de sa disparition.

 Almamy Samory Touré
Le Faama Almamy Samory Touré (1830 – 1900)

L’Almamy Samory Touré (ou Samori Touré), né vers 1830 à Miniambaladougou, dans l’actuelle Guinée, tombé à Guélémou, actuelle Côte d’Ivoire, et décédé le à Ndjolé, actuel Gabon, fut le fondateur de l’empire Wassoulou ; il résista à la pénétration et à la colonisation française en Afrique de l’Ouest. L’ancien et le premier président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, était l’arrière petit-fils de Samory.

Premières années

Né vers 1833 à Miniambaladougou (actuellement au sud-est de la Guinée), ce fils de marchand dyula (Dioula) grandit dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation du fait du nombre croissant de contacts avec les Européens. Le commerce avec l’Europe avait rendu riches certains États africains, pendant qu’une utilisation croissante des armes à feu modifie la guerre traditionnelle. Ses parents avaient abjuré l’islam pour se convertir au paganisme.

En 1848, la mère de Samory, Sokhona Camara, est capturée pendant un raid mené par Sory Bourama, du clan Cissé, et réduite en esclavage. Ne disposant pas de l’argent nécessaire pour la racheter, il doit, pour obtenir la libération à terme de sa mère, se mettre au service des Cissé auprès desquels il apprend le maniement des armes. D’après la tradition, il reste à leur service « sept ans, sept mois, sept jours ».

Il s’engage ensuite pour deux ans dans l’armée de Saransware-Mori, faama (dirigeant militaire) des Bérété, ennemis des Cissé, avant de rejoindre son propre peuple, les Camara. Nommé kélétigui (chef de guerre) à Dyala en 1861, Samory prononce le serment de protéger son peuple contre les Bérété et les Cissé. Il crée une armée professionnelle et nomme ses proches, notamment ses frères et des amis d’enfance, à des postes de commandement.

Expansion au Soudan

En 1864, El Hadj Umar Tall, le fondateur d’un empire en pleine expansion qui domine alors la région du Haut Niger, l’Empire Toucouleur, meurt. Cet empire se désagrége, les généraux et les dirigeants locaux luttent pour créer leurs propres États.

En 1867, Samory est un chef de guerre à part entière, possédant sa propre armée regroupée à Sanankoro dans les hautes-terres guinéennes, sur les bords du Haut-Milo, un affluent du fleuve Niger. Il comprend vite qu’il a deux tâches primordiales à accomplir : créer une armée efficace et loyale dotée d’armes à feu modernes, et construire un État stable. C’est à cette époque qu’il se convertit à l’islam, conscient que la cohérence de son royaume va reposer notamment sur la religion. Du reste, le titre d’« almami » qu’il adopte en fait un chef à la fois temporel et spirituel.

En 1876, Samory peut importer des fusils à chargement par la culasse par l’intermédiaire de la colonie britannique de la Sierra Leone. À la tête de son armée, composée essentiellement de fantassins armés d’un sabre, d’un poignard et d’un fusil, il s’empare du district de Buré dans la ville de Siguiri, riche en or (actuellement à cheval sur la frontière entre la Guinée et le Mali), en vue de renforcer ses finances. En 1878 il est assez puissant pour s’autoproclamer faama (« dirigeant militaire ») de son propre Empire Wassoulou. Il fait de Bissandougou sa capitale et entame des échanges commerciaux et diplomatiques avec l’Empire Toucouleur voisin et déclinant.

En 1881, après une dure lutte, Samory est capable de sécuriser son emprise sur Kankan, ville clé du commerce Dyula, située au bord du Haut-Milo. Kankan est alors un centre du commerce de la noix de kola, stratégiquement positionné pour contrôler les routes de commerce avoisinantes. En 1881, le Wassoulou s’étend en Guinée et au Mali, depuis l’actuel Sierra Leone jusqu’au nord de la Côte d’Ivoire.

Pendant que Samory conquiert les nombreux petits États tribaux qui l’entourent, il manœuvre aussi pour sécuriser sa situation diplomatique. Il engage des relations régulières avec les Britanniques au Sierra Leone, et tisse des liens prometteurs avec l’État théocratique du Foutah Djallon.

Premiers affrontements contre les Français

À la fin des années 1870, les Français commencent leur expansion en Afrique de l’ouest, à partir de l’est du Sénégal, avec pour but d’atteindre le haut Nil dans le Soudan actuel. Ils cherchent aussi à progresser vers le sud-est pour atteindre leurs bases en Côte d’Ivoire. Ces mouvements les conduisent à un affrontement direct avec Samory.

En , une expédition française attaque une des armées de Samory qui assiège Keniera. Samory réussit à repousser les Français, mais il est effrayé par la discipline et la puissance de feu des armées européennes.

Samory essaye de neutraliser les Français par plusieurs moyens. Premièrement, il étend sa domination vers le sud pour sécuriser une ligne de communication avec le Liberia. Quand une expédition menée par le gouverneur colonial français du Soudan, Antoine Combes, tente en 1885 de prendre possession des mines d’or de Buré, Samory contre-attaque. Divisant son armée en trois colonnes mobiles, il réussit à menacer gravement les lignes de communication françaises obligeant ses adversaires à se replier.

Cependant, le combat avec l’armée française tournant à son désavantage, Samory préfère négocier. Le 28 mars 1886, il signe avec les Français un traité de paix et de commerce qui reconnait, sur la rive gauche du Niger, une importante zone d’influence française.

Guerre et défaite

En 1887, Samory peut compter sur une armée disciplinée comprenant de 30 000 à 35 000 fantassins, organisés sur le modèle européen en pelotons et compagnies, et 3 000 cavaliers, répartis en escadrons de cinquante hommes chacun. Cependant, les Français sont déterminés à ne pas laisser Samory consolider ses positions. En exploitant la rébellion de plusieurs tribus animistes soumises par Samory[réf. nécessaire], ils continuent de s’étendre aux dépens des régions ouest de l’Empire, forçant Samory à signer des traités par lesquels il leur cède ces territoires entre 1886 et 1889 (traité de Bissandougou, traité de Niakha).

En mars 1891, une expédition française sous le commandement du colonel Archinard lance une attaque directe sur Kankan. Sachant que les fortifications de la ville ne pourraient pas résister à l’artillerie française, Samory engage une guerre de mouvement. En dépit des victoires qu’il remporte contre des colonnes françaises isolées (Dabadougou en ), Samory échoue à chasser les Français hors du cœur de son royaume.

En , le successeur du colonel Archinard, le colonel Humbert, menant une petite force bien équipée de soldats triés sur le volet, capture Bissandougou, la capitale du Wassoulou. Un autre coup dur pour Samory est l’arrêt des ventes d’armes par les Britanniques, soucieux de respecter la convention de Bruxelles de 1890, la restriction des ventes d’armes étant, selon cette convention, nécessaire à l’éradication de l’esclavage des populations africaines.

Évitant un combat qui lui aurait été fatal, il mène une politique de la terre brûlée, dévastant chaque parcelle de terrain qu’il évacue. Bien que cette tactique le coupe de sa nouvelle source d’approvisionnement en armes, le Liberia, il réussit tout de même à retarder la poursuite française. Samory se replie vers l’est, vers les fleuves Bandama puis Comoé. Dès lors, sa présence est négligée par l’armée française, dans la mesure où le nouvel établissement de Samory ne constitue plus un objectif stratégique de la politique coloniale française.

L’affrontement est relancé par l’attaque opérée par un des fils de Samory contre un bataillon français, qui est anéanti. Cette action déclenche une campagne française de représailles au printemps/été 1898, au terme de laquelle Samory est capturé au petit matin du à Guélémou en Côte d’Ivoire, par le capitaine Gouraud puis exilé au Gabon. Samory y meurt en captivité le , des suites d’une pneumonie.

Postérité

Samory fut sans doute l’adversaire le plus redoutable que les Français eurent à affronter en Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi il apparaît, dans l’historiographie nationaliste post-coloniale, en figure de héros de la résistance africaine à l’expansion coloniale.

La pièce de théâtre de Massa Makan Diabaté Une hyène à jeu (1988) est inspirée de la signature du traité de Kéniéba-Koura par Samory Toure en 1886, qui cédait la rive gauche du Niger à la France.

Le peintre français Pierre Castagnez, établi à Dakar, a réalisé un portrait de lui, conservé au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie à Paris (au Musée du quai Branly depuis 2003.)

Le groupe guinéen Bembeya Jazz National commémora Samory Toure dans leur album Regard sur le passé sorti en 1969. L’album loue la résistance anti-coloniale de Touré et ce début de construction nationale pour la Guinée.

Le chanteur ivoirien de reggae Alpha Blondy composa le titre Bory Samory (publié en 1984 sur Cocody Rock) en mémoire de Samory Touré.

Source Wickipedia

N.B: Le titre et l’introduction sont de la rédaction

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