Auréolé d’une image d’économiste exigeant lorsqu’il officiait comme directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Alassane Ouattara s’est singulièrement éloigné de cette ligne de conduite depuis son arrivée au pouvoir en 2011, comme l’illustre ce dossier de La Lettre du Continent. Après avoir dénoncé la gestion du pays par ses prédécesseurs (Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo…) comme étant familiale voire clanique, l’ancien gouverneur de la BCEAO n’a de cesse depuis cinq ans d’ouvrir les portes de l’Etat mais aussi des sociétés publiques et, plus largement, de l’économie ivoirienne, à ses proches parents ou amis fidèles. 

Photo d’illustration

Ces nominations ont été majoritairement décidées de manière discrétionnaire. Du cacao au marché de vérification des importations, en passant par les affaires présidentielles ou bien la communication, le premier cercle du chef de l’Etat et de son épouse Dominique Ouattara rayonne dans tous les secteurs stratégiques du pays.

Affaires de famille pour les proches de Ouattara

Une confusion inédite entre sphère publique et secteur privé s’est installée à Abidjan. Elle profite surtout aux ministres. Analyse.
De nombreux parents de personnalités politiques profitent de leur réseau familial au sein de l’appareil d’Etat pour prospérer dans le privé. Des pratiques aux antipodes de l’image que souhaite véhiculer Alassane Ouattara, ancien haut fonctionnaire du FMI.

Pétrole, énergie, transports La société Citrans logistique et patrimoine, opportunément créée en 2014 par Zoumana Bakayoko, le frère aîné du ministre de la sécurité et de l’intérieur Hamed Bakayoko, s’est vue octroyer l’une des deux concessions de transport fluvial à Abidjan. Le gouvernement a apporté sa garantie pour le financement de ce projet à hauteur de 21 milliards F CFA (32 millions euros) en signant avec le groupe marocain Banque populaire. Zoumana Bakayoko est aussi présent dans le cacao via sa société Agro West Africa. Egalement dans la course aux marchés publics, l’entreprise Tanassa Technologies SA, fondée en 2012, est présidée par le ministre de l’énergie et du pétrole Adama Toungara et dirigée par… sa fille Bintou Kamara Toungara. Entreprise présente sur divers marchés, Tanassa Technologies emporte des contrats liés au secteur pétrolier. Dès la nomination de son père Gaoussou Touré comme ministre des transports, Mariam Touré a, pour sa part, créé First Communication. Cette société de conseil récupère de nombreux contrats émanant du même département ministériel ainsi que l’organisation d’événements comme l’African Network BBQ.

Cercles présidentiels Quant aux membres de la famille de Dominique Ouattara, ils sont aux premières loges. Son frère Philippe Nouvian, patron du cabinet Gemco, s’est vu octroyer des chantiers de réhabilitation de la présidence. Le second de la fratrie, Marc Nouvian, s’active dans le cacao via la Soneici tout comme l’aîné de la première dame ivoirienne, Loïc Folloroux. L’entreprise de ce dernier, Africa Sourcing a d’ailleurs été gratifiée de plus de 3,6 milliards F CFA d’exonérations fiscales. Jean Marc Béjani, le mari de Nathalie Folloroux, fille de Dominique Ouattara, dirige Majestic One qui possède le monopole d’exploitation des salles de cinéma à Abidjan. Bon pied, bon œil, Benedict Senger, le gendre d’Alassane Ouattara, préside quant à lui, Webb Fontaine Côte d’Ivoire, filiale du groupe Webb Fontaine chargée de contrôler les importations et les exportations du pays. Quant au neveu du chef de l’Etat, Ahmadou Touré, patron de Puma Energy Côte d’Ivoire, filiale de Trafigura, il s’apprête à récupérer en gré à gré le réseau de stations service de la Petroci.

Cadeau en chocolat pour les proches du Palais !
Une trentaine d’exportateurs sont exemptés de payer certaines taxes pour la campagne en cours.

Les ministres Mamadou Sangafowa Coulibaly (agriculture), Abdourahmane Cissé (budget) et Adama Koné (finances) ont accordé une exonération de taxe équivalente à 54 F CFA (0,08 euros) par kilogramme de fèves récoltées à une trentaine d’exportateurs. Au total, 200 000 tonnes issues de la campagne 20162017 sont concernées par cette mesure, soit un cadeau de près de 11 milliards F CFA (16,7 millions €). Ces opérateurs sont membres du Groupement des négociants ivoiriens (GNI), proche des cercles du pouvoir. Lambert Konan Kouassi et Massandjé TouréLitsé, deux proches de Dominique Ouattara, respectivement président et DG du Conseil cafécacao (CCC), ont préparé l’arrêté signé par les ministres.
Africa Sourcing, la société de Loïc Folloroux, le fils de la première dame ivoirienne, obtient le plus gros quota (60 000 tonnes, soit 3,6 milliards F CFA) sur lequel ces mesures seront appliquées

Source: La lettre du continent

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