Bouaké, 6 novembre 2004: Nous sommes au 3ème jour de l’opération dignité initiée par Laurent Gbagbo qui occupe le nord du pays depuis le 19 septembre 2002. Ce jour, un avion de chasse ivoirien pilotée par un mercenaire biélorusse bombarde le Lycée Descartes qui servait de base aux militaires français de la force Licorne stationnée à Bouaké.

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Le camp militaire français de Bouaké après le bombardement

Cette attaque tue 09 soldats français, 1 civil américain et blesse 39 autres soldats qui seront défigurés à vie pour certains et amputés pour d’autres. En représailles à ce bombardement, Jacques Chirac, le président français d’alors ordonne la destruction de toute la flotte militaire ivoirienne, dont les Sukhoi auteurs de l’attaque, qui étaient au sol, stationnés à Yamoussoukro, juste après leur mission du jour.

12 ans après, la chaîne de télévision câblée française, Canal +, revient sur ces événements dans un documentaire intitulé « Bombardement de Bouaké: une affaire d’Etat? ». Ce documentaire, riche en diverses révélations, dévoile surtout le manque de volonté des autorités françaises d’éclaircir les conditions dans lesquelles 9 soldats français ont été tués et 39 autres grièvement blessés ce 06 novembre 2014 à Bouaké. Le mystère autour de cette affaire est tel que le documentaire, est pour l’heure interdit sur le bouquet Afrique de Canal +.

Nous livrons ici certains éléments du documentaire qui vous permettront de comprendre la censure qui frappe ce documentaire tant derangeant pour Alassane Ouattara et pour la France:

1. Les déclarations du général De Malaussène (Force Licorne et commandement français en 2004-2005) sont un élément nouveau: « Je ne crois pas une seconde que ce soit Gbagbo qui ait donné l’ordre à ces pilotes biélorusses de tirer sur les soldats français. Je n’y crois pas une seconde. Je ne peux pas m’empêcher de penser que cette affaire est extrêmement trouble, que l’on ne veut pas savoir qui a donné l’ordre de tirer sur les soldats français.» Et le général de poursuivre: « La chaine de commandement française a fonctionné comme elle le souhaitait. On revient à la question de fond: Pourquoi on a laissé partir les pilotes et pourquoi on ne les a pas arrêtés pour savoir qui était le premier donneur d’ordre. On n’a pas voulu le savoir, ou alors on le sait et on n’a pas voulu le diffuser.»

2. Le témoignage du traducteur Ouraga est un élément nouveau. Les pilotes biélorusses étaient entre les mains de l’armée française, au Gatl, entre le 07 et le 11 novembre 2004.

3. Les images déclassifiées qui prouvent que l’armée française a filmé les pilotes des Sukhoi à leur atterrissage après le bombardement de la base française, sans les interpeller, sont un élément nouveau.

4. Les déclarations sous serment devant les juges d’instruction français du ministre de l’intérieur togolais à l’époque des faits, François Boko, sont un élément nouveau: « Nous avions l’intime conviction qu’ils [les pilotes biélorusses] avaient bombardé la position française et c’est ainsi que nous avons sollicité à la fois la Dgse et le Sctip qui ont demandé à Paris la conduite à tenir. Les instructions données étaient de ne rien faire par rapport à ces biélorusses.»

5. Les déclarations de David Senat, conseiller juridique de Michèle Alliot-Marie au ministère de la Défense, sont un élément nouveau: il contredit frontalement Alliot-Marie, qui avait affirmé que c’est le cadre juridique (l’absence de mandat d’arrêt international) qui n’aurait pas permis l’interpellation des pilotes: « Ni au moment du bombardement le 6 novembre, ni après du 16 novembre au mois de décembre, c’est à dire au moment où les pilotes ont été libérés.  Je n’ai pas été informé de ces événements (…) L’analyse juridique n’a pas été faite. Par personne. Ni requise. C’était purement politique.»

6. Les déclarations de l’avocat des familles des soldats tués sont un élément nouveau.

et aussi,

7. Alassane Dramane Ouattara, pour la première fois, est présenté officiellement par Canal+ comme le chef de la rébellion, et non plus la marionnette Soro.

En fait, tout est dérangeant dans ce reportage. L’opération Dignité menée par l’armée ivoirienne les 4 et 5 novembre 2004 avait causé la débandade totale chez les rebelles. Le bombardement jamais élucidé jusqu’ici de la base des soldats français le 6 novembre 2004 avait permis à Paris de retourner in extremis la situation en faveur des hommes de Ouattara, qu’elle soutenait.

Jean Delors

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