Dans la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, il est un secret de polichinelle que les hommes d’affaires du moment, ceux dont les affaires prospèrent le plus, sont les membres du gouvernement et/ou leurs proches; cela au grand dam de la notion de conflit d’intérêt. Dans la foulée, les parlementaire-s de la république, assermentés pour contrôler l’action gouvernementale, loin de décrier cet affairisme, s’y mettent aussi.

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Une vue de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

En effet, plusieurs députés, en violation des textes de lois leur interdisant le cumul de leur mandat parlementaire avec la gestion ou la direction d’une entreprise privée, ont pignon sur rue dans le monde des affaires en Côte d’Ivoire, comme révélé par le bimensuel La Lettre du Continent.

Ils sont majoritairement membres du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), coalition au pouvoir à Abidjan. Ils en ont cure de l’article 91 du code électoral qui empêche tout cumul de mandat parlementaire avec un poste à responsabilité dans le secteur privé.

Mamadou Sanogo, député du Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara et président de la Commission des affaires économiques du Parlement est le fondateur et président directeur général du groupe Celpaid. Cette entreprise, de par les bonnes grâces de Kandia Camara, ministre de l’éducation nationale, fait parties des entreprises chargées de la collecte des frais d’inscriptions de rentrées scolaires. Ce sont chaque années des dizaines de milliards de francs qu’elle collecte ainsi. Le code électoral interdit pourtant aux députés l’exercices d’activités privées liées à l’exécution de marché public.

Le feu follet, l’honorable Adama Bictogo, député RDR de la circonscription d’Agboville, est surement l’homme d’affaires de l’année 2017 en Côte d’Ivoire; tant, par le biais du groupe Snedai dont il est le président, ou bien par celui d’entreprises ad hoc (NDLR: entreprises crées exclusivement pour l’exécution d’un contrat donné), il règne sans partage sur les marchés publics dont l’attribution se fait gré à gré depuis l’ascension d’Alassane Ouattara au pouvoir, en 2011.

Felix Anoblé, député de San Pedro, dans le Sud-Ouest de la Côte d’ivoire, continue d’occuper le poste de secrétaire général du groupe Carré d’Or, malgré son mandat parlementaire. Ce groupe est le fournisseur de plusieurs entités publiques dont la vice-présidence, nouvelle institution issue de la nouvelle constitution adoptée en novembre 2016, à la suite d’un référendum marathon boudé par l’électorat ivoirien.

Touré Aya Virginie, Députée RDR dirige toujours la fondation de la Société ivoirienne d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci), opérateur historique du secteur.

Si jusque là, l’opinion n’a eu vent d’aucune motion de condamnation de ces pratiques hors-la-loi au sein de l’Assemblée nationale, c’est bien évidemment parce que les parlementaires se soutiennent entre eux, au grand dam de l’intérêt public et collectif. Les populations ivoiriennes, livrées ainsi à elles-mêmes, restent donc les seules maîtres de leur destin, s’ils entendent ramener le respect des normes au sein de cette institution garant du pouvoir législatif.

Hervé Christ

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